Depuis dix ans, la contrainte qui pèse sur les robotaxis conçus spécifiquement pour cet usage est que les Federal Motor Vehicle Safety Standards partent du principe qu’un conducteur humain est présent. On ne peut pas homologuer un véhicule dépourvu de commandes d’essuie-glace et d’airbag conducteur. Jeudi, la National Highway Traffic Safety Administration a accordé à Zoox une exemption temporaire de certaines dispositions de huit de ces normes — une première pour un véhicule transportant des passagers.
Ce que couvre réellement l’exemption
L’exemption porte sur les FMVSS 103 (désembuage), 104 (essuie-glaces), 108 (éclairage), 111 (visibilité arrière), 135 (freins), 201 (impact intérieur), 205 (vitrage) et 208 (protection en cas de collision). Elle court jusqu’au 31 juillet 2028. Le véhicule transporte quatre passagers, atteint une vitesse maximale de 75 mph, affiche un poids brut de 3 000 kg et installe les passagers face à face comme dans un compartiment. Zoox ne le vendra pas — l’entreprise en conserve la propriété. La NHTSA a reçu 119 commentaires publics sur la pétition, dossier NHTSA-2025-0523.
Le chiffre mal interprété
La couverture s’est arrêtée sur « 2 500 véhicules », et certains ont même doublé ce chiffre pour parler d’une flotte de 5 000 unités. Les deux lectures sont erronées. Les 2 500 correspondent à un plafond de véhicules mis en circulation sur une période de 12 mois, et c’est la limite fixée par le Congrès : le 49 U.S.C. 30113(d) restreint les exemptions d’équivalence de sécurité à 2 500 véhicules vendus sur 12 mois. La NHTSA a accordé le maximum légal parce qu’elle n’avait pas le pouvoir d’aller au-delà. Par ailleurs, l’avis précise que le nombre de véhicules que Zoox peut exploiter simultanément est limité par son autorisation opérationnelle initiale — un chiffre que le document ne divulgue pas. Aucun effectif de flotte n’a été autorisé à ce stade.
La mention enfouie dans l’avis
L’exemption confirme que le personnel de Zoox peut procéder à une « operation manuelle limitée, à faible vitesse, du robotaxi, avec ligne de visée directe et constante, au moyen d’une télécommande portative industrielle ». La NHTSA classe explicitement cette pratique comme de la conduite à distance au sens de la norme SAE J3016 — et non comme de l’assistance à distance. Par ailleurs, des « tacticiens TeleGuidance » assurent l’orientation à distance. La voiture sans conducteur dispose donc d’un mode manuel.
Ce que cela ne débloque pas
« Première fois » appelle une précision : Nuro a obtenu la première exemption de ce type en 2020, pour un véhicule de livraison sans occupant. Et l’aval fédéral ne permet pas à Zoox de facturer des trajets en Californie, où les autorisations de déploiement sans conducteur de la CPUC et du DMV constituent des étapes distinctes. En revanche, cette exemption fournit le modèle sur lequel chaque concurrent s’appuiera désormais pour déposer sa demande.
