Les États-Unis sont proches de formaliser la manière dont les modèles d’IA les plus performants arrivent sur le marché. Le gouvernement est en discussions avancées avec OpenAI, Anthropic et Google au sujet d’un cadre volontaire de normes pour la publication des modèles de pointe, a rapporté le Financial Times début juillet, avec une annonce possible dans les prochains jours.

Ce qui est en négociation

Selon ce reportage, le cadre établirait des benchmarks pour définir ce qui constitue un « modèle de pointe concerné », fixerait des calendriers de publication et préciserait qui peut accéder à ces modèles aux États-Unis et à l’étranger. Il opérationnalise le décret du 2 juin sur l’IA avancée, qui a établi un benchmark de capacité classifié — élaboré avec la contribution du Trésor, de la NSA, de la CISA et du NIST — ainsi qu’une fenêtre de réexamen gouvernemental pouvant aller jusqu’à 30 jours avant la publication au public.

Déjà à l’œuvre en pratique

Le dispositif est visible depuis plusieurs semaines. Le 12 juin, le département du Commerce a ordonné à Anthropic de couper l’accès depuis l’étranger à ses modèles Fable 5 et Mythos 5 — une suspension de 18 jours levée fin juin. OpenAI a retardé le lancement public complet de GPT-5.6 « à la demande du gouvernement américain », selon Reuters, en le limitant à une vingtaine d’organisations partenaires vérifiées, approuvées client par client ; le secrétaire au Commerce Howard Lutnick aurait personnellement appelé Sam Altman pour le mettre en garde contre une publication sans feu vert gouvernemental.

Les critiques

Dean Ball, ancien conseiller de la Maison-Blanche sur l’IA, est catégorique : l’accord équivaut à « un régime de licence de facto involontaire », affirme-t-il — un dispositif qui n’est jamais passé par le Congrès. « Personne ne sait quelles sont les exigences pour obtenir une licence, et l’administration elle-même ne semble pas le savoir », a écrit Ball. Les critères définissant un modèle de pointe concerné restent classifiés, ce qui signifie que des modèles sont filtrés avant même que la norme justifiant ce filtrage n’ait été couchée sur le papier. Les critiques ajoutent que des délais de réexamen ouverts pourraient retarder les sorties américaines tandis que les développeurs chinois opèrent entièrement en dehors du cadre.

Ce qu’il faut surveiller

Parmi les questions ouvertes pour le texte final : savoir si Meta signera, comment les seuils de « pointe » seront définis, comment s’appliquera concrètement le compte à rebours de 30 jours, et quel accès sera accordé aux alliés étrangers. Une annonce de la Maison-Blanche, si le calendrier du FT se confirme, interviendrait la même semaine où l’ONU conclut à Genève son premier dialogue mondial sur la gouvernance de l’IA.