Round Hill Music a déposé lundi deux plaintes pour violation du droit d'auteur — l'une contre Suno, l'autre contre Anthropic — alléguant que chacune a utilisé, sans autorisation, licence ni paiement, des compositions dont Round Hill détient ou administre les droits pour entraîner ses modèles. Chaque dossier recense plus de 500 chansons, parmi lesquelles Iris des Goo Goo Dolls, Total Eclipse of the Heart de Bonnie Tyler et I Got You (I Feel Good) de James Brown.
Ce que la présentation courante ne dit pas
Tous les titres parlent de ces actions comme de procès à un milliard de dollars. Rien, dans ces plaintes, ne réclame un milliard de dollars. Ce chiffre correspond au propre calcul prospectif de Round Hill, et il est explicitement conditionnel : l'éditeur a indiqué au tribunal que les affaires pourraient plus tard porter sur dix mille compositions ou davantage, et que les dommages-intérêts pourraient alors, en théorie, dépasser 1 milliard de dollars. Il s'agit d'une projection fondée sur une expansion par vingt qui n'a pas été accordée. Présenter ce montant comme la valeur des actions revient à traiter une ambition déclarée comme une revendication.
Un éditeur, pas un label — et cela change l'exposition
La deuxième lecture erronée consiste à considérer qu'il s'agit, pour Anthropic, d'une affaire comparable à celle déjà traversée dans le cadre d'un vaste règlement sur le droit d'auteur portant sur des livres. Ce n'est pas le même droit. Round Hill est un éditeur musical : il contrôle les compositions — les paroles et la musique sous-jacentes — et non les enregistrements sonores, qui relèvent des labels. Un développeur de modèle qui a obtenu un accord ou un règlement sur les revendications liées aux enregistrements n'a pas, pour autant, purgé les revendications sur les compositions, lesquelles sont concédées sous licence séparément par des contreparties différentes. L'accord conclu plus tôt par Suno avec Warner n'a pas non plus éteint son exposition ; d'autres ayants droit subsistent.
Round Hill dit ne pas vouloir de licence
Le directeur général Josh Gruss a indiqué que l'entreprise entendait aller jusqu'au procès plutôt que transiger : "We intend to take these cases to trial and to hold these companies accountable, and we will not accept a resolution that leaves songwriters and artists deprived of their rightful share of compensation." Gruss a circonscrit son objection : non pas une opposition à l'IA, mais le fait que des entreprises bâtissent des activités valant des milliards sur le travail d'autrui tout en ne versant rien aux créateurs.
Ce qu'il faut surveiller plutôt que le chiffre en une
Les chiffres vraiment significatifs seront les numéros de rôle, les juridictions saisies et la question de savoir si les tribunaux autorisent l'élargissement des listes d'œuvres. D'ici là, le fait durable est structurel : le versant compositions du secteur musical a désormais ouvert son propre front contre les développeurs de modèles, séparément du versant enregistrements.
