L’entreprise de transport de marchandises autonome Gatik a annoncé mardi un financement de série D de 200 millions de dollars, mené conjointement par la Qatar Investment Authority et Koch Disruptive Technologies, avec la participation de Millennium Management, ARK Invest et Intact Private Capital. La société est présente au Texas, en Arizona, en Arkansas et au Canada. Aucune valorisation n’a été communiquée.

Les trois chiffres mis en avant

Dans le communiqué, on peut lire mot pour mot : « more than $600 million in contracted revenue », « 85,000 fully driverless orders completed » et « 99% on-time delivery ». Le même communiqué indique également, toujours mot pour mot, « dozens of driverless trucks already operating today », avec l’objectif d’atteindre des milliers.

Ce que le cadrage habituel présente mal

Trois erreurs distinctes, toutes dans le même sens. Les revenus contractuels constituent un carnet de commandes, pas du chiffre d’affaires. Il s’agit de la somme brute, non actualisée, d’engagements pluriannuels, dont la majeure partie n’a pas encore été réalisée et dépend en grande partie de la capacité de Gatik à passer de dizaines de camions à des milliers — pourtant, plusieurs articles l’ont raccourci en « 600 M$ de revenus ». 85,000 commandes correspond à un nombre de livraisons, pas à une distance. Gatik exploite de courtes liaisons fixes sur le middle-mile ; 85,000 trajets effectués sur des parcours répétés et courts représentent une empreinte d’autonomie bien plus réduite que le chiffre ne le laisse entendre. Et l’accord avec PepsiCo utilisé comme point d’accroche date du 8 juin — il a deux mois et demi — si bien que des titres du type « lève 200 M$ après l’accord PepsiCo » suggèrent une chronologie que le communiqué ne revendique jamais.

Le chiffre manquant est celui que tous les autres mettent en avant

Le communiqué ne contient aucun chiffre de kilométrage autonome, aucun taux de désengagement et aucune métrique de sécurité. Les kilomètres parcourus sans conducteur humain sont la métrique que chaque entreprise d’AV publie lorsqu’elle est avantageuse. Gatik publie plutôt des volumes de commandes et des pourcentages de ponctualité — des indicateurs de niveau de service opérationnel qui intéressent un client logistique et qui n’indiquent rien sur la conduite elle-même.

Qui signe le chèque compte

Le fait qu’un fonds souverain et un conglomérat industriel mènent l’opération, plutôt que des fonds de capital-risque, montre où les capitaux pensent désormais que le transport sans conducteur trouve réellement son modèle : le middle-mile à itinéraire fixe, et non le long-courrier. C’est une thèse plus étroite et plus défendable — et elle est financée sans la publication des éléments de sécurité sur lesquels le secteur se compare habituellement.