Anthropic a indiqué à des investisseurs que son taux de revenus annualisé avait dépassé les 65 Md$ fin juillet 2026, selon un article de Bloomberg daté du 17 août. Le compte rendu de TechCrunch se montre inhabituellement précis dans la définition du terme, et c’est bien là le sujet : un run rate est « une projection du chiffre d’affaires sur un an fondée sur une période récente plus courte ».

L'évolution rapportée

Environ 9 Md$ fin 2025, 47 Md$ en mai 2026, 65 Md$ fin juillet. Les investisseurs s’attendraient à ce que l’entreprise clôture 2026 avec un chiffre d’affaires annuel compris entre 100 Md$ et 120 Md$. Anthropic était valorisée pour la dernière fois à 965 Md$ fin mai, lorsqu’elle a levé un tour de table de 65 Md$, et chercherait une valorisation boursière de 2 tn$ ou plus, potentiellement dès cet automne. OpenAI serait passée à 40 Md$, contre 20 Md$ fin 2025.

Ce que le cadrage habituel occulte

Les titres affirmant que le chiffre d’affaires « bondit à 65 Md$ » décrivent des revenus que l’entreprise n’a pas encore encaissés. Si l’on rapporte le run rate à la dernière donnée trimestrielle publiée pour Anthropic — au-dessus de 11,5 Md$ — ce trimestre annualisé ressort à environ 46 Md$. Le taux de juillet est donc supérieur d’environ 40 % au trimestre qui l’a précédé. Soit la croissance s’est très nettement accélérée au cours du trimestre, soit les deux chiffres ne sont pas mesurés sur la même base. Les deux hypothèses sont possibles ; aucune n’a été dévoilée, car Anthropic n’a publié aucune méthodologie et n’a d’ailleurs publié aucun de ces chiffres elle-même. La deuxième erreur concerne la comparaison avec OpenAI : deux chiffres divulgués, à des fins de mois différentes, sur des bases non précisées et probablement différentes, ne constituent pas un classement.

Deux 65 Md$ différents

Un piège plus discret mérite d’être signalé, car il apparaît déjà dans certains articles : le tour de table à 65 Md$ levé par Anthropic en mai et le run rate de 65 Md$ communiqué en juillet sont le même nombre appliqué à des réalités totalement distinctes — des capitaux entrants d’un côté, des revenus projetés de l’autre.

Pourquoi cette communication maintenant

Rien de tout cela ne vient d’Anthropic. L’information provient d’investisseurs, via Bloomberg et le Financial Times, à un moment où l’entreprise a déposé confidentiellement une demande d’introduction et chercherait une valorisation plus du double de son dernier niveau privé. Un run rate est l’indicateur de revenus le plus flatteur qui soit, car il transforme le meilleur mois récent en année pleine. C’est aussi un indicateur qu’une société ne peut pas utiliser dans un prospectus, où des revenus historiques audités sont exigés. L’écart entre le chiffre qui circule aujourd’hui et celui qui figurera dans le dossier de cotation est ce qu’il faut surveiller.