Commonwealth Fusion Systems a annoncé jeudi avoir levé encore 1 milliard de dollars, portant son total à 4 milliards de dollars — selon ses propres calculs, soit environ 30% de l’ensemble des capitaux jamais levés par l’industrie de la fusion, et le plus important tour de table dans la fusion depuis la série B de 1,8 milliard de dollars en 2021. Les fonds serviront à achever l’assemblage de SPARC et les travaux sur ARC, la centrale prévue dans le comté de Chesterfield, en Virginie.

Deux absences dans le communiqué

L’annonce ne nomme aucun investisseur dans ce tour de table. Elle cite des catégories — « fonds de pension, fonds souverains, investisseurs en infrastructures et partenaires industriels » — ce qui est inhabituel pour une levée présentée comme la plus importante du secteur. Google et Eni sont mentionnés, mais en tant qu’investisseurs existants, et non comme participants à cette opération.

La deuxième absence est plus lourde de conséquences : il n’y a pas un seul chiffre en mégawatts dans l’ensemble du communiqué. Google a signé des contrats d’achat d’électricité pour acheter « plus de la moitié de l’électricité que la centrale produira » — une fraction d’une quantité non précisée, issue d’une centrale qui n’existe pas encore. À partir de la source primaire seule, cet engagement ne peut pas être quantifié. Aucun point de raccordement, aucun permis et aucune référence de file d’attente n’apparaissent nulle part dans le texte.

Ce que dit réellement le calendrier

L’assemblage de SPARC est « en cours », sans date d’achèvement indiquée. ARC est « en bonne voie pour injecter de l’électricité sur le réseau au début des années 2030 ». Réduire le double rôle de Google à la seule formule « soutenu par Google » mérite aussi d’être évité : être investisseur en capital et être le client d’achat d’électricité sont deux expositions différentes, et ici Google est les deux.

Où cela se situe dans la chaîne d’approvisionnement énergétique de l’IA

La fusion est désormais financée par des capitaux de fonds de pension et de fonds souverains, sur la base de contrats d’achat d’électricité conclus avec des hyperscalers pour une électricité qui ne pourra pas arriver avant les années 2030. C’est le pari le plus lointain de tout le complexe énergétique de l’IA — et la qualité de la communication est ici nettement plus faible que dans les accords gaziers et nucléaires avec lesquels il est en concurrence, où les mégawatts, les positions dans les files d’attente et les contreparties sont régulièrement mentionnés.